LODEOM : EFFICIENCE CONFIRMEE, REFORME ENGAGEE

 

En 2024, la question n'était plus de savoir si la loi pour le développement économique des Outre-mer (Lodéom) allait être réformée, mais si elle allait survivre. Dans un contexte de déficit budgétaire croissant et de recherche d'économies, le gouvernement envisageait 340 millions d'euros de coupes sur le dispositif via le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. La menace était réelle, le calendrier serré, et la concertation quasi absente. 

C'est finalement  l'article 9 du PLFSS 2026 , la disposition prévoyant ce "coup de rabot" sur les exonérations, qui a été rejeté par le Parlement, à la suite d'un amendement voté à la majorité, sous la pression des élus et des acteurs économiques ultramarins. Le reste du texte budgétaire a suivi son cours. Mais le débat sur l'avenir du dispositif, lui, ne s'est pas éteint pour autant.

 

Le mécanisme d'allègement de cotisations patronales applicable aux entreprises des départements et régions d'Outre-mer trouve son origine dans la loi du 25 juillet 1994, qui a posé les premiers fondements de l'exonération spécifique aux territoires ultramarins. C'est la loi du 27 mai 2009 pour le développement économique des Outre-mer, dite « loi Lodéom », qui a profondément remanié ce dispositif, lui a donné son appellation actuelle et constitue aujourd'hui le texte de référence applicable.

Son objectif est de compenser les surcoûts structurels liés à l'ultra-périphéricité, qui se traduit par un éloignement géographique, une dépendance aux importations et une concurrence internationale asymétrique, en réduisant le coût du travail pour les employeurs ultramarins.

Elle s'articule autour de trois barèmes qui déterminent le niveau d’exonération, selon la taille et le secteur de l’entreprise :

- Barème de compétitivité : Pour les entreprises de moins de 11 salariés ou opérant dans certains secteurs d’activité, avec une exonération totale de charges patronales pour les rémunérations inférieures ou égales à 1,3 SMIC et dégressive jusqu’à 2,2 SMIC ;

- Barème de compétitivité renforcée : Pour les entreprises de moins de 250 salariés réalisant moins de 50M€ de chiffre d’affaires et opérant dans certains secteurs d’activité, avec une exonération totale de charges patronales pour les rémunérations inférieures ou égales à 2 SMIC et dégressive jusqu’à 2,7 SMIC ;

- Barème d’innovation et de croissance : Pour les entreprises de moins de 250 salariés dont le chiffre d’affaires est inférieur à 50M€ et dont les salariés réalisent des projets innovants dans le domaine des technologies de l’information et de la communication avec une exonération totale de charges patronales pour les rémunérations inférieures ou égales à 1,7 SMIC et dégressive jusqu’à 3,5 SMIC.

C'est dans ce contexte   que la Mission d'évaluation et de contrôle de la sécurité sociale du Sénat (MECSS)[1] a publié, le 27 mai 2026, un rapport d'évaluation inédit. Inédit parce qu'il est la première instance parlementaire à simuler l'effet des principaux scénarios de réforme sur l'emploi, ce qui n'avait pas été fait jusqu'à présent, et à conclure, sur cette base, à l'efficience du dispositif Lodéom.

Le rapport du Sénat ne clôt pas le débat mais il réhabilite le dispositif sur le plan factuel tout en identifiant ses failles, et pose les conditions d'une réforme qui, désormais inévitable, devra être concertée et progressive sous peine de reproduire l'échec de 2026.

Dès lors, plusieurs questions se posent : Si l'efficience de la Lodéom est désormais établie, pourquoi sa réforme reste-t-elle inévitable ? Quels sont les scénarios d'évolution compatibles avec les réalités économiques des territoires ultramarins ? Et comment les entreprises peuvent-elles se préparer à des changements dont les contours restent encore à définir ?

Il convient donc d'examiner en quoi le rapport Sénat du 27 mai 2026 fonde une réévaluation du dispositif qui, après des années de contestation, établit désormais son efficience sur des bases factuelles solides (I), avant d'envisager les contours et les contraintes de la réforme à venir, dont l'échec de 2026 a posé les premières limites opposables (II).

                 I. De la contestation à la réhabilitation : une réévaluation fondée sur les faits

Pendant plusieurs années, les conclusions défavorables des rapports administratifs se sont imposées, faute d’avoir été véritablement remises en question. Le rapport du Sénat marque une rupture en démontrant, à partir d’une méthodologie nouvelle, l’efficience du dispositif Lodéom (A), tout en mettant en évidence les fragilités structurelles qui demeurent et qui pourraient affecter son avenir (B).

  1.                          A. Une efficience désormais établie : la rupture méthodologique du rapport Sénat 

Depuis sa création en 1994, la Lodéom n’avait jamais fait l’objet d’une véritable évaluation économique approfondie. Les différents rapports administratifs (IGF-IGAS 2006, 2011, 2015 et 2024) estimaient que le dispositif était trop coûteux, mal ciblé et pas assez efficace. Ils recommandaient donc de le recentrer sur les bas salaires afin de réduire son coût. C’est sur cette base que le gouvernement avait prévu une économie de 340 millions d’euros dans le PLFSS 2026. Même si cette mesure n’a pas abouti, ces critiques ont fragilisé l’image du dispositif. 

Le rapport de la MECSS du 27 mai 2026 marque une rupture. Pour la première fois, une instance parlementaire, composée d’Élisabeth Doineau et Solanges Nadille[2], a conduit une évaluation fondée sur des données réelles. Les simulations ont été réalisées à partir des salaires réels de l'INSEE, avec OpenFisca, le simulateur que l'État utilise lui-même pour chiffrer ses propres réformes, et s'appuient sur plus de 50 auditions d'acteurs économiques et institutionnels. La conclusion est sans ambiguïté : le dispositif Lodéom est, incontestablement, efficient.

Cette efficience se décline en trois effets que les rapports précédents avaient systématiquement sous-estimés ou ignorés. En premier lieu, l’effet sur l’emploi doit être souligné. Selon les simulations de la MECSS, le dispositif permettrait de préserver ou de créer environ 8 300 emplois en équivalents temps plein, c’est-à-dire des emplois qui n’existeraient pas en l’absence de la Lodéom, par comparaison avec le régime des allègements généraux dont les entreprises auraient bénéficié en tout état de cause. Ce chiffre, inférieur aux 30 000 emplois historiquement avancés, s'explique par un changement de périmètre : là où les évaluations antérieures comparaient la Lodéom à l'absence totale d'exonérations, la MECSS la compare aux allègements généraux dont les entreprises bénéficieraient de toute façon en l'absence du dispositif. C'est cette comparaison qui permet d'isoler l'avantage différentiel réel de la Lodéom, dont le coût net pour les finances publiques s'établit à 0,7 milliard d'euros, et non 1,5 milliard comme souvent présenté.

En deuxième lieu, la Lodéom soutient la rentabilité des entreprises ultramarines en compensant une partie des coûts supplémentaires liés à l'ultra-périphéricité. Elle compense ces surcoûts en allégeant les charges de personnel, permettant aux entreprises de rester compétitives. Sa suppression sans dispositif alternatif pourrait donc fragiliser leur équilibre économique.

En troisième lieu, l'effet sur le recrutement de cadres. Dans les territoires ultramarins, la fonction publique verse des majorations de traitement (40 % en Guadeloupe, Martinique, Guyane, et 53,63 % à La Réunion), cela rend le recrutement de profils qualifiés particulièrement difficile pour le secteur privé. La Lodéom atténue cet effet en réduisant le coût du travail sur les salaires intermédiaires et élevés, permettant aux entreprises de proposer des rémunérations plus compétitives. C'est précisément ce qui explique que le dispositif bénéficie, contrairement aux allègements généraux, à des salaires supérieurs au SMIC. Le rapport conteste l’idée selon laquelle la Lodéom serait beaucoup plus coûteuse que les allègements généraux. Selon lui, le coût par emploi créé est comparable : environ 73 000 € pour la Lodéom contre 75 000 € pour les dispositifs de droit commun. Le dispositif ultramarin serait donc légèrement plus efficace financièrement.

Le rapport explique que la mauvaise image de la Lodéom vient notamment du fait qu’elle s’applique aussi à des niveaux de salaire plus élevés, contrairement aux allègements généraux qui concernent principalement les bas salaires. Cette particularité suscite des réserves chez certains économistes, qui contestent la justification du dispositif par le seul argument de la compétitivité, une critique notamment formulée dans une note du Conseil d'analyse économique de 2019, selon laquelle les allègements généraux n'auraient pas amélioré la compétitivité de la France. Le rapport Sénat reconnaît cette limite tout en soulignant que l'argument de compétitivité, s'il ne suffit pas à lui seul à justifier le profil atypique du dispositif, n'en demeure pas moins pertinent au regard des surcoûts structurels spécifiques aux territoires ultramarins.

Le dispositif souffre également d’un manque de lisibilité en raison de la diversité de ses objectifs : soutien à l’emploi, amélioration de la compétitivité des entreprises, aide au recrutement de cadres ou encore maintien de l’activité économique. Le fait de poursuivre autant de finalités rend son efficacité plus difficile à apprécier. Enfin, la Lodéom a longtemps été fragilisée par l’absence d’une évaluation concrète de ses effets depuis sa création en 1994. Les études disponibles reposaient principalement sur des estimations théoriques et non sur des résultats observés. Le rapport du Sénat constitue donc une étape importante puisqu’il apporte une analyse fondée sur des données réelles.

  1.                            B. Des limites structurelles persistantes, facteurs de fragilité à venir 

La réhabilitation du dispositif par le rapport du Sénat ne doit pas faire oublier les limites qu’il relève également. Ces critiques renforcent d’ailleurs la crédibilité du rapport, car elles montrent une analyse équilibrée.

La première limite concerne la complexité du dispositif. Créé en 1994 avec un barème unique, il comprend aujourd’hui neuf barèmes différents répartis selon plusieurs régimes ultramarins[3]. Cette complexité entraîne des erreurs de la part des entreprises, souvent à leur désavantage : selon l’Urssaf, les montants restitués aux entreprises sont trois fois supérieurs aux redressements. Ainsi, certaines entreprises éligibles ne bénéficient pas pleinement des exonérations, non par choix, mais parce que le dispositif est devenu difficile à comprendre sans accompagnement.

Une deuxième limite résulte des conditions d'éligibilité au dispositif Lodéom. En effet, le Code de la sécurité sociale subordonne le bénéfice des exonérations au paiement régulier des cotisations sociales ou, à défaut, à la conclusion et au respect d'un plan d'apurement. Or, selon le rapport du député Christian Baptiste, 18,5 % des établissements bénéficiaires ne rempliraient pas cette condition. La MECSS recommande donc une application plus stricte de cette règle. Les entreprises concernées pourraient alors perdre le bénéfice des exonérations Lodéom, même en l'absence de toute condamnation pénale. Cette évolution constitue un risque important pour les entreprises qui ne sont pas en règle avec leurs obligations sociales.

La troisième limite concerne le pilotage et l'évaluation du dispositif. À ce jour, aucune étude n'a permis de mesurer précisément le nombre d'emplois effectivement créés grâce à la Lodéom depuis son entrée en vigueur. Les estimations disponibles reposent uniquement sur des projections économiques fondées sur l'incidence de la baisse du coût du travail sur l'emploi. La MECSS recommande donc la réalisation d'évaluations académiques afin de combler cette insuffisance.

La quatrième limite concerne le financement de la Lodéom. Aujourd'hui, les exonérations accordées aux entreprises sont compensées par l'État grâce à un budget spécifique consacré aux Outre-mer. Le problème est que ce budget est voté chaque année. Le montant alloué à la Lodéom dépend donc des choix budgétaires du gouvernement et du Parlement. Pour éviter cette instabilité, la MECSS propose que le financement du dispositif repose sur une part de TVA qui lui serait directement affectée. Ainsi, la Lodéom serait moins dépendante des décisions budgétaires annuelles. Tant que cette réforme n'est pas adoptée, le dispositif reste susceptible d'être modifié ou réduit lors de chaque discussion budgétaire.

Enfin, le rapport met en évidence une difficulté liée aux objectifs multiples du dispositif. La Lodéom poursuit plusieurs finalités (emploi, compétitivité, soutien aux entreprises, etc.), ce qui rend son efficacité difficile à évaluer. La MECSS recommande donc de définir clairement dans la loi un nombre limité d’objectifs afin de renforcer la lisibilité et la crédibilité du dispositif lors des futurs débats budgétaires.

  1.                 II.  Une réforme sous contraintes : entre nécessité budgétaire et exigence de concertation 

La question n’est désormais plus celle de la réforme de la Lodéom, qui apparaît inévitable, mais celle de ses modalités et de son calendrier. Le rejet du PLFSS 2026 n’a pas interrompu la réflexion : il l’a structurée autour de données chiffrées devenues essentielles à toute évolution du dispositif (A). Celles-ci permettent d’évaluer les scénarios envisageables et leurs impacts concrets sur l’emploi ainsi que sur les entreprises bénéficiaires (B). 

  1.                        A.  La tentative avortée de 2026 : un échec fondateur de nouvelles contraintes 

En 2024, lorsqu’on s'interrogeait sur un éventuel "clap de fin" pour la Lodéom, sa suppression apparaissait comme une possibilité réelle mais encore incertaine. Cette menace s’est ensuite concrétisée avec le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, qui prévoyait une réduction de 340 millions d’euros du dispositif. Cette mesure reprenait les critiques formulées depuis plusieurs années par les rapports administratifs. Finalement, face à l’opposition des territoires ultramarins, des entreprises et des élus locaux, le gouvernement a abandonné cette réforme. Toutefois, cet épisode a eu un impact important : il a permis de nourrir le débat avec de nouvelles données sur l’efficacité réelle du dispositif.

Les simulations réalisées par la MECSS du Sénat permettent en effet de mesurer précisément ce que cette réforme aurait coûté. Elle aurait rapporté 326 millions d'euros nets aux finances publiques tout en détruisant 2 400 emplois en équivalents temps plein. Ce ratio, désormais documenté et opposable, constitue le premier argument contre toute réforme précipitée : les économies réalisées sont limitées, les destructions d'emplois sont certaines, et le rapport entre les deux est particulièrement défavorable.

Le second argument repose sur le principe d’équité territoriale. Le rapport du Sénat montre que la réforme prévue par le PLFSS 2026 aurait demandé aux territoires ultramarins un effort dix fois supérieur à celui demandé au reste du territoire national dans le cadre de la réforme des allègements généraux. Cette différence de traitement, désormais mise en évidence par un rapport parlementaire, constitue un argument important contre une réforme similaire. Elle ne l’empêche pas juridiquement, mais elle rendrait plus difficile sa justification politique.

Le rapport du Sénat pose à cet égard un principe dont les implications pratiques sont considérables : l'efficacité du dispositif suppose sa stabilité. Une Lodéom réformée tous les deux ans au gré des arbitrages budgétaires n'est pas une Lodéom efficace, c'est un dispositif fragilisé dont les entreprises ne peuvent ni anticiper les évolutions ni sécuriser leurs décisions d'embauche. Toute réforme précipitée, non concertée, reproduirait l'erreur de 2026 et fragiliserait un dispositif dont l'effet sur l'emploi est désormais établi.

Dans ce contexte, une mission a été confiée le 7 avril 2026, à la demande du Premier ministre, à Philippe Leyssène, contrôleur général des armées, et Gilles Lara-Adélaïde, inspecteur général des finances. Cette mission a pour mandat d'élaborer un consensus politique fondé sur un retour d'expérience de terrain, territoire par territoire, afin de formuler une proposition de réforme susceptible d'aboutir et de permettre la simplification du dispositif. Ses conclusions ne sont pas encore connues, mais elles pourraient influencer les prochaines décisions budgétaires et l’avenir de la Lodéom. Les mois à venir seront donc déterminants pour les entreprises ultramarines, qui doivent se préparer à d’éventuelles évolutions du dispositif, même si leurs modalités exactes restent encore incertaines. 

  1.                            B.  Scénarios de réforme et enjeux pour les entreprises ultramarines 

Le rapport Sénat adopte sur la question des barèmes une posture délibérément neutre. Il se présente comme un outil d’aide à la décision, destiné à éclairer les pouvoirs publics à partir de données objectives. Il permet également aux entreprises ultramarines d’identifier les enjeux, les risques et les opportunités liés aux différents scénarios de réforme. Le rapport écarte à la fois la suppression du dispositif et son maintien en l'état. Il estime qu'une réforme est nécessaire, mais qu'elle doit reposer sur un consensus suffisamment large pour garantir sa stabilité. Les différents scénarios envisagés peuvent alors être distingués selon leur impact sur l'emploi : certains conduiraient à des destructions d'emplois, tandis qu'un autre favoriserait leur création.

Parmi les scénarios défavorables, la suppression totale du dispositif avec bascule sur les allègements généraux de droit commun constitue l'option la plus radicale. Elle rapporterait 700 millions d'euros aux finances publiques mais détruirait 8 300 emplois en équivalents temps plein. Au regard des indicateurs économiques actuels dans les territoires ultramarins, taux de chômage structurellement élevés, tissu entrepreneurial fragile, secteurs entiers dépendants des exonérations, cette option apparaît économiquement et politiquement intenable. Elle ne peut être envisagée sans une alternative sérieuse, dont aucun des acteurs auditionnés par la MECSS n'a été en mesure de définir les contours.

Les scénarios de réduction partielle du dispositif, souvent qualifiés de « rabot », constituent une solution intermédiaire. Toutefois, les simulations du rapport montrent qu'ils auraient un impact négatif sur l'emploi : une baisse de deux points des exonérations entraînerait la suppression d'environ 1 000 emplois, tandis qu'une baisse de quatre points en ferait disparaître près de 2 100. Ces scénarios permettraient certes de réaliser des économies budgétaires, mais au prix d'une diminution de l'emploi. Dans ce contexte, leur mise en œuvre apparaîtrait difficile à justifier sans une concertation préalable avec les acteurs des territoires ultramarins.

À l'opposé, la fusion des trois barèmes des DROM en un barème unique calé sur le niveau de la compétitivité renforcée constitue le seul scénario expansif du tableau. Dans sa version complète (extension à toutes les entreprises sans condition) elle coûterait 1 082 millions d'euros supplémentaires mais créerait 8 100 emplois. Son financement, dans le contexte budgétaire actuel, paraît difficile à court terme. Dans sa version allégée (fusion avec maintien de conditions d'éligibilité sectorielles) elle coûterait 264 millions d'euros supplémentaires et créerait 1 600 emplois. C'est le scénario politiquement le plus réaliste, il simplifie le dispositif, ne crée presque aucun perdant, et génère des emplois nets. Il mériterait à ce titre d'être sérieusement défendu dans les prochaines discussions budgétaires.

Pour les entreprises ultramarines, ces scénarios ne sont pas de simples hypothèses académiques. Ils se traduiront, selon l'option retenue, par des modifications concrètes du paramétrage de paie, des conditions d'éligibilité et des niveaux d'exonération applicables. Plusieurs vigilances pratiques s'imposent dès à présent. En premier lieu, la condition d'être à jour de ses cotisations sociales. Comme indiqué précédemment, 18,5 % des établissements bénéficiaires ne satisfont pas actuellement à cette condition pourtant expressément prévue par le Code de la sécurité sociale. Si la recommandation de la MECSS est suivie, les entreprises concernées s'exposent à un retrait du bénéfice du dispositif. Une vérification de la situation au regard de la CGSS s'impose donc sans délai.

En deuxième lieu, le suivi des conclusions de la mission Leyssène-Lara-Adélaïde, constituera le prochain signal législatif déterminant. Ses conclusions orienteront vraisemblablement le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale. Les entreprises qui auront anticipé ses orientations seront mieux positionnées pour adapter leur stratégie sociale avant que les nouvelles règles ne s'imposent à elles.

Enfin, l'extension du dispositif à Mayotte au 1er juillet 2026[4] constitue une nouvelle donne pour les entreprises multi-établissements présentes sur ce territoire. Cette extension, prévue par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, élargit le champ d'application du régime des DROM et mérite une attention particulière de la part des employeurs concernés, notamment sur les conditions d'éligibilité applicables et les modalités déclaratives auprès de la caisse de sécurité sociale compétente.
 

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Dans ce contexte, le 3 juin 2026, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a reconnu, lors de son audition devant la commission d’enquête du Sénat sur les inégalités systémiques dans les Outre-mer, que le dispositif Lodéom souffre d’une grande complexité et d’un manque de lisibilité pour les employeurs. Il a également souligné que la multiplication de ses objectifs nuit à son efficacité.

Il a ainsi confirmé que la mission de concertation confiée à deux personnalités qualifiées a pour objectif de formuler des propositions de réforme à partir d’un retour d’expérience de terrain, adapté à chaque territoire. Il a toutefois apporté une garantie claire en affirmant : « tant qu’il n’y aura pas convergence, nous ne bougerons pas ». Cette déclaration devant le Sénat traduit un engagement en faveur d’une évolution concertée et progressive du dispositif, excluant à ce stade toute modification précipitée.

Les prochains mois seront donc déterminants pour l’avenir de la Lodéom. Si les travaux de la mission en cours pourraient aboutir à des ajustements, une remise en cause brutale du dispositif apparaît désormais difficilement compatible avec les constats dressés par le rapport du Sénat. Pour autant, son maintien ne saurait être considéré comme définitivement acquis. Les entreprises ont donc tout intérêt à suivre attentivement les évolutions envisagées, à anticiper leurs impacts et à sécuriser leurs pratiques. Nous demeurons pleinement mobilisés dans le suivi des discussions parlementaires à venir afin d’anticiper les éventuelles évolutions législatives et d’accompagner au mieux les entreprises locales.  


Capture

Tom MEZONNIAUD

Associé, HERA GROUPE

 


[1] Instituée par la loi organique n° 2005-881 du 2 août 2005 relative aux lois de financement de la sécurité sociale, la MECSS est chargée du suivi et du contrôle de l'application des lois de financement de la sécurité sociale et peut évaluer toute question relative aux finances de la sécurité sociale.
[2] Ce travail a été confié à Élisabeth Doineau, rapporteure générale, et à Solanges Nadille, rapporteure de la mission d’information sur le dispositif Lodéom.
[3] Le dispositif Lodéom comprend trois régimes distincts : le régime applicable aux DROM (barèmes de compétitivité, de compétitivité renforcée et d'innovation et de croissance), celui applicable à Saint-Martin et Saint-Barthélemy (barèmes sectoriel, renforcé et dédié aux secteurs innovants) et le régime LOPOM applicable à Saint-Pierre-et-Miquelon, dont les trois barèmes varient selon la taille de l'entreprise et le secteur d'activité.
[4] L'article 23-II-D de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 (LFSS) modifie l'article L. 752-3-2 du Code de la sécurité sociale pour étendre le barème Lodéom à Mayotte.